
Ce
dossier est traité par Jean-Louis Reynaud,
Consultant Mécanicien Naval - Webmasteur.
LE
RODAGE DES MOTEURS DIESEL
Malgré
les progrès effectués dans l'industrie et notamment dans la
qualité des métaux et leur ajustement, certaines opérations
mécaniques existent toujours dans la conduite et l'entretien des moteurs
diesel, c'est le cas du rodage.
Nous pouvons définir comme le rodage des moteurs diesel l'opération
qui consiste à faire fonctionner le moteur pendant une certaine durée
pour que les pièces dont la géométrie n'est pas parfaite
s'adaptent mutuellement.
Ce procédé s'exercera plus particulièrement sur les vilebrequins,
attelages et surtout pour l'assemblage segment chemise. Il est de règle
pour un moteur neuf ou lorsqu'on a changé au moins un segment autre
que le segment racleur de faire un rodage. C'est ce que nous nous proposons
de développer dans la présente étude. Nous examinerons
successivement le but du rodage, les critères de rodage ainsi que les
différentes méthodes.
Le but d'un rodage correctement réalisé devra conduire à
l'obtention d'une chemise dont la surface présente des aspérités
aiguës arasées et subsiste des cavités d'huile répartis
de manière uniforme sur la face interne de la chemise. Cette mise en
concordance des pièces par une usure contrôlée visera
dans un minimum de temps à :
- L'étanchéité des cylindres, en assurant un bon contact
des segments sur la chemise afin d'éviter tout passage de gaz de combustion
pouvant entraîner pollution de l'huile du carter, grippage et ou gommage
des segments.
- L'établissement d'un film d'huile aux fins que l'assemblage mécanique
puisse fonctionner sous de forte charge.
- Des pressions de compression correcte et conforme aux prévisions
du constructeur. Ceux ci influent de façon notable sur les performances.
- Une consommation d'huile raisonnable et une usure normale ultérieure
et ce pendant toute la vie du moteur.
- Une réduction des pertes mécaniques par usure due au frottement.
Examinons à présent
les critères de rodage. On peut considérer qu'il en existe deux
: ceux liés aux caractéristiques de fonctionnement du moteur
et ceux résultant de l'examen ou de la métrologie des pièces.
Les critères liés aux paramètres de fonctionnement :
- La vérification de la puissance et son corollaire la consommation
de combustible.
La puissance fournie peut être quantifiée grâce au couple
résistant si cette mesure est possible sur de grosses installations,
elle est moins évidente sur de navire de faible tonnage. C'est donc
grâce à l'installation de " Biberons " à l'aspiration
de gazole du moteur que nous pouvons calculer la consommation dans un temps
donné. Si l'on connaît la consommation spécifique au gramme
tours, on connaîtra la puissance délivrée par le moteur.
- La mesure de la pression et du débit des gaz au carter. Plus communément
appelé soufflage au carter, cet appareil branché en général
sur le reniflard d'huile du carter, nous renseigne de l'état du rodage
et de son avancement, tout en sachant que le débit des gaz allant en
diminuant puisqu'il est fonction de l'étanchéité des
segments.
- La mesure de la consommation d'huile. Paramètre fiable, la baisse
du rapport huile/combustible permet d'évaluer à plus long terme
la qualité du rodage soit environ 0,8 à 1,5 % de la consommation
de combustible, vidange non comprise.
Les critères liés
à l'état des pièces :
Sans gros démontage :
- Un contrôle endoscopique des chambres de combustion peut être
réalisé, nous pouvons détecter la présence d'éventuelle
rayure.
- Une analyse d'huile avec comptage de particules, suivi spectrométrique
permet également de déterminer en fonction de la teneur en certains
métaux l'état du rodage. Présence de métal régulé,
teneur en fer etc.....…
Avec démontage conséquent :
- La mesure de la rugosité des chemises, affaire de spécialistes
qui demande un outillage et une technicité avéré.
- La mesure de la perte de poids des segments.
- Le contrôle de la surface portante des segments.
Examinons à présent
les méthodes de rodage qui comme les critères sont au nombre
deux :
- La méthode sans additif dans le combustible
- La méthode avec additif dans le combustible.
La méthode sans
additif : Relativement longue mais donne d'excellent résultats. Cette
méthode tend à disparaître car nous utilisons des huiles
aux propriétés anti-usure de plus en plus forte (huile de synthèse etc..), Une autre méthode consiste à roder le moteur avec une
huile de piètre qualité et à l'issu du rodage de passer
à l'huile préconisée.
Cette méthode s'applique aux moteurs de propulsion et aux groupes électrogènes,
qu'ils soient rapides, semi rapides.
Cette méthode consiste dans un premier temps à une monté
en allure à vide puis sur point fixe et en mer. Pour les générateurs,
une " roulotte " permet de monter la charge. Le type de rodage est
défini en général par le constructeur qui établi
des paliers de puissance exprimée en % de la puissance maximum permise.
Vers 80 % de la charge un réglage de l'équilibrage des pompes
d'injection (équirépartition) peut être effectué
pour les pompes individuelles ou par banc. Une prise des Prémax, si
le moteur le permet bien entendu peut également s'effectuer. Le rodage
ne doit pas être interrompu. L'essai de déclenchement en survitesse
n'est plus préconisé car trop d'avaries se sont produites.
La méthode avec
additif :
En fait, il en existe trois sortes, un abrasif que l'on introduit dans l'air
d'admission, un dans l'huile et un dans le combustible. Seul celui dans le
combustible est le plus couramment utilisé car son action s'opère
de haut en bas, donc le bon sens.
Le produit élaboré par British Petroleum s'appelle le BP running
in compound, il est composé de particules d'aluminium en solution vraie
dans une base minérale. Pour une concentration de 3%, l'alumine dégagé
de la combustion est la partie abrasive.
Cette méthode se fait à vide donc sans charge et peut réduire
de moitié le temps de rodage par rapport à la méthode
sans additif (entre 3 et 5 heures).
Même si les moteurs neufs sont généralement rodés
par le constructeur, les utilisateurs peuvent être amenés suite
à une visite ou avarie à effectuer un rodage.
Cette opération capitale pour la vie du moteur devra être menée
avec beaucoup de méthode et de précautions afin que sa durée
de vie, ses consommations et ses performances soit au meilleur niveau.